Objets connectés et santé : un mariage heureux ?

Les objets connectés : un vrai plus pour la santé

Les objets connectés « orientés santé », à l’instar des applications mobiles de ce domaine, envahissent peu à peu nos vies. Que ce soit pour surveiller l’activité cardiaque d’un patient à l’aide d’un tensiomètre, mesurer ses propres pas lors d’une journée grâce à une montre connectée ou guérir la phobie des araignées à l’aide de l’imagerie virtuelle, le marché de ces dispositifs explose. Essayons d’analyser le succès de ces appareils, quels en sont les bienfaits sur la santé, sans occulter les interogations autour de la collecte et de l’exploitation des données personnelles.

Pourquoi un tel engouement de la part des patients ?

L’arrivée de ces objets orientés santé n’est pas nouvelle mais prend des dimensions extraordinaires et les raisons ne se cantonnent pas à l’attrait pour les nouvelles technologies.
On peut mettre en avant 4 raisons pour cet engouement :

  • La recherche d’une certaine qualité de vie. L’allongement de la durée de l’existence a impacté notre vision de la vieillesse : on veut dorénavant non seulement une vie longue mais surtout rester en bonne santé le plus longtemps possible.
  • Les avancées médicales et de recherches : elles démontrent que notre santé dépend aussi de notre hygiène au quotidien. En effet, le mode de vie a des effets sur notre santé : tabac, alcool, alimentation, inactivité physique sont des phénomènes comportementaux qui entraînent décès prématurés et maladies chroniques. Or, une montre connectée et une application de coach peuvent rendre service pour combattre les mauvaises habitudes.
  • Le coût du traitement de ces « maladies comportementales » impacte durement les budgets des services de santé des gouvernements, ceux-ci ont donc tout intérêt à orienter les patients vers des dispositifs médicaux alternatifs et personnalisables. Un exemple en France : la moitié des prescriptions, et surtout la prise de médicaments, n’est pas suivie par les patients, un pilulier intelligent peut pallier ce manque d’attention.
  • La prise en main de sa santé par le « malade » : de plus en plus, le malade ou même la personne en bonne santé veut être actrice de son bien-être. Un objet connecté convient alors parfaitement à cette donnée en lui permettant par exemple de prendre la mesure de son activité physique à l’aide des fameux bracelets Fitbit qui font fureur.

Ne laissons pas non plus de côté l’effet « mode – geek » de tels engins capables, sous un look design, de cacher un tensiomètre, des capteurs électroniques ou autres dispositifs envoyant directement des informations à son docteur.

Un essor technologique bienvenu

Le boom du marché de ces appareils est bien sûr imputable aux avancées technologiques. Souvenez-vous du temps où votre balance vous donnait juste… votre poids. On trouve dorénavant des « balances intelligentes » permettant de suivre son indice de masse corporelle, d’envoyer les résultats à un smartphone dans lequel une application dédiée analyse sa courbe, mesure les progrès. La personne peut mettre en place des objectifs, voire se connecter à un coach en ligne.

Ces objets connectés pour la santé bénéficient aussi des dernières avancées :

  • miniaturisation des applications et des objets ou comment un coach sportif peut tenir dans un bracelet. Un objet électronique connecté à internet, qu’il mesure la qualité de votre sommeil, votre rythme cardiaque ou votre activité physique journalière, n’est plus une usine à gaz dotée de gros capteurs à coller sur des parties du corps. Idem pour l’application légère mais complète qui peut tenir dans un fin bracelet, voire une fourchette, calculant en temps réel les calories ingérées.
  • collecte et analyse des données : le traitement de l’ensemble des informations par les algorithmes et l’envoi de rapports à son médecin traitant ou tout professionnel de la santé étaient inenvisageables il y a peu.
  • personnalisation des logiciels et des objets : utiliser un des dispositifs médicaux connectés ne rime plus avec appareils moches et encombrant, un objet design est devenu un acteur de la santé de son propriétaire. De plus, les applications de ces appareils peuvent aussi être personnalisées, tant au niveau du look que des informations à collecter.

Le marché des objets connectés spécialisés dans la santé ne va pas s’amenuiser, loin de là. Le futur de ces appareils est déjà en marche : on parle de pilules diffusant dans le corps des médicaments.

Apple serait en pleine recherche pour une montre détectant les crises cardiaques.

Google a racheté Fitbit, le leader américain des montres connectées, pour plus de deux milliards de dollars…

Les montres et autres bracelets Fitbit sont un bon exemple de réussite. Connecté à un smartphone, l’appareil compile tous les résultats possibles autour des activités physiques mais aussi surveille l’alimentation, la qualité du sommeil, etc. Et bien sûr permet de partager sur les réseaux sociaux ses progrès. Un tantinet en retard diront certains, Google rattrape donc Apple et Samsung dans la course des « wearables » : objet connectés portables comme les bracelets, les bagues et bientôt les vêtements.

Une nouvelle vision des professionnels de santé

Évidemment, les professionnels de santé sont les premiers à avoir analysé, voire accompagné, ce phénomène. Les tensiomètres connectés sont prescrits assez souvent de nos jours, permettant aux patients de rentrer chez eux en toute sécurité.

L’utilisation d’objets connectés entre notamment dans ce que les professionnels du milieu nomment : les interventions non médicamenteuses. En fait, les médecins divisent ces objets connectés en trois sous-domaines.

  • Les objets de mesures : poids, kilomètres parcourus, alcootest, etc. Autant de données biométriques et comportementales qui vont permettre à la personne de se surveiller. Ces coachs virtuels sont évidemment personnalisés et pallient souvent un manque de motivation autour d’activités sportives par exemple. Si leur utilisation est totalement personnelle, elles peuvent aussi servir au personnel médical.
  • Les appareils de diagnostic : fréquence cardiaque, sommeil, poids, etc. Un des « marqueurs santé » peut être suivi de près… même à distance. Il existe par exemple un appareil personnel mesurant les contractions ou un bracelet analysant le taux de glucose dans le sang des diabétiques.
  • Les solutions de prévention ou carrément de soin, les fameuses interventions non médicamenteuses. Un appareil connecté peut alerter sur la déshydratation d’un patient à la suite des effets secondaires des traitements des cancers ORL ou éviter les nausées en car. Ce genre de service permet un accompagnement des patients vers la guérison en médecine comportementale ou lors de certaines thérapies. Un exemple est le résultat des soins de certaines phobies grâce à la réalité virtuelle (phobie des araignées, vertiges, etc.). Si on s’éloigne des appareils connectés personnels, on peut aussi parler des opérations à distance, de la télémédecine où un médecin pilote un robot chirurgical.

Les plus optimistes voient dans le futur des appareils envoyant des données médicales directement à son médecin, une « mini-révolution » qui changera la médecine curative en médecine prédictive ! Dans tous les cas, les médecins semblent accueillir ces avancées technologiques avec bonheur : 91 % d’entre eux mettent en avant l’amélioration de la prévention et 81 % pensent que la « santé connectée est une opportunité pour la qualité des soins ». [1]

Les données personnelles en ligne de mire

Comme pour toute nouvelle technologie, les aspects négatifs de ces appareillages sont encore passés sous silence. Ce n’est pas pour rien que Google, Apple, Samsung et autres géants se positionnent. Car, comme pour internet, l’utilisation des données personnelles sensibles peut servir à des utilisations négatives. Google est notamment très friand des données personnelles pour alimenter les régies publicitaires et qui va lire les nombreuses pages des CGU (conditions générales d’utilisation) de sa balance intelligente ou de sa montre connectée ? Ainsi, notre médecin, garant du secret médical, sera-t-il remplacé par des aspirateurs à données personnelles ?

N’oublions pas non plus qu’un objet électronique relié au web peut être la cible de pirates : or, bien peu d’appareils mettent en avant la sécurité de leur utilisation ou l’assurance que la protection des data est optimale.

Si vous parcourez le web, vous verrez que les sites internet spécialisés [2], les sondages, les colloques et autres grands rendez-vous autour des avantages des objets connectés sont financés ou pilotés par des assurances ou des mutuelles. On peut dès lors envisager pour le futur :

  • des obligations de détenir tel ou tel appareil sous peine de sanctions,
  • une surveillance des mesures afin de faire payer les « écarts » pouvant entraîner des soucis de santé et donc des frais pour les assurances et mutuelles,
  • des contrats ou des frais de santé alourdis suivant les données accumulées par les appareils.

En conclusion, les appareils proposant une activité santé connectée à une application dédiée sur un smartphone n’ont pas fini d’envahir notre quotidien. Pour le meilleur : surveillance à distance des patients, gestion d’une vie quotidienne plus saine, télémédecine pouvant pallier les déserts médicaux, etc.

Mais aussi pour le pire si on pense à une utilisation pour la surveillance du patient au travers du produit connecté. C’est donc avant tout à l’utilisateur de faire attention à ses « data » en lisant la fameuse fiche des CGU de tous ces dispositifs.

[1] https://www.sciencesetavenir.fr/sante/objets-connectes-qu-en-pensent-les-medecins_19554

[2] https://www.guide-sante-connectee.fr