Ortie et santé : le bonheur est dans le pré

L'ortie, une plante santé gratuite !

Imaginez que vous puissiez vous soigner grâce à une plante gratuite, efficace, que l’on trouve à peu près partout et qui n’attend que votre main… protégée de gants quand même pour la cueillir. Eh bien, cette herbacée existe : c’est l’ortie, délaissée à tort tant ses apports sur la santé sont variés et ses composants fortifiants. Dès lors, plutôt que d’acheter à des prix prohibitifs des produits ou plantes bio qui viennent souvent de loin, comme la spiruline, les baies de Goji, le Ginseng, allez vous promener autour de chez vous et ramassez des orties : leurs vertus sont étonnantes. Un vrai produit miracle !

Une amie de l’homme

« Il n’y a pas de mauvaises plantes, il n’y a que des mauvais cultivateurs », l’adage bien connu vient d’un protagoniste des Misérables qui, sous la plume de Victor Hugo, parlait de… l’ortie. [1] Il a d’ailleurs écrit un poème intitulé : « J’aime l’araignée et l’ortie ».

Certains chercheurs pensent qu’il s’agit d’une des plus anciennes espèces végétales « domestiquées » pour l’alimentation et les tissus. Elle est présente partout où l’homme a posé ses pieds. Trois données sûres viennent étayer cette hypothèse :

  • On en trouve pratiquement toujours dans les fouilles archéologiques non loin des vestiges des habitats,
  • En Extrême-Orient, son utilisation est connue depuis plus de 6 000 ans : c’est la plus ancienne fibre textile avérée,
  • Ötzi, notre fameux ancêtre rejeté par un glacier alpin, portait un couteau enchâssé dans un fourreau en fibres d’ortie.

Car, pendant longtemps, on a consommé l’ortie (ses feuilles, ses graines et ses racines) sous toutes ses formes en cuisine : cuite, crue, séchée, huile, infusion, etc. On a aussi confectionné des habits grâce à sa fibre, dure à travailler mais d’une douceur encore en vogue dans certaines régions du Tibet. Et même du papier, voire du papier-monnaie comme en Chine avec une variété locale : la Ramie.

Des propriétés bien connues des Anciens

Les plus anciens écrits remontent à l’Antiquité mais vous ne la trouverez pas mentionnée dans un haut-fait mythologique romain ou grec ou comme « symbole » des dieux (seule exception : elle était consacrée à Thor dans le panthéon germanique). Non, l’ortie est modeste, elle sert au commun des mortels et n’a pas besoin de publicité pour que l’on sache ses bienfaits pour la santé. On la trouve plutôt dans les « livres de médecine » de l’époque. Hippocrate l’aurait incluse dans plus de 50 recettes de remèdes.

Elle fait partie de la pharmacopée de base pour guérir blessures, morsures et soulager les arthroses et autres douleurs articulaires, en emplâtre avec du sel selon Dioscoride.

Broyée avec du miel, elle guérit la toux et les maux de gorge au Moyen-Âge [2]. Elle entre aussi dans les préparations pour les problèmes de peau (dermatoses, etc) et des cheveux grâce à une lotion incluant feuille et racine. Ses atouts fortifiants et toniques sont très souvent réduits, au travers des siècles, à des vertus aphrodisiaques, on parle même de se frotter avec le côté piquant pour « relancer la machine ».

Enfin, d’après le fameux Abbé Kneipp, ces fameuses « épines » remplies d’acide formique sont souveraines lors d’une flagellation pour faire passer les rhumatismes. D’après certains courageux, cela marche ! Elle fait partie à l’époque des plantes mangées crues et intégrées dans les recettes de soupe et autes plats.

Cependant, les bienfaits de l’ortie sur la santé ont fait beaucoup d’envieux, et pas seulement les pharmaciens gagnant leur « compétition » contre les herboristes.

Au XVIIIe siècle, les cultivateurs de chanvre et de lin en France ont fait fermer les fabriques de tissus à base d’ortie, qui entrait pourtant, au moins depuis le XIIe siècle dans la fabrication de textiles en Occident [3]. Les orties se multiplient facilement et demandent peu de soins et peu d’eau, en faisant une espèce concurrente. Ironie de l’histoire : la même mésaventure arrivera au chanvre et au lin plus tard, lorsqu’ils seront balayés par la production de papier et de coton venant des Amériques. Paradoxalement, en France à la même époque, un chroniqueur souligne que le Tout-Paris s’adonne à la nouvelle mode du « thé d’ortie »…

D’autres plantes, certainement moins piquantes et peut être plus faciles à cultiver, ont donc pris sa place au fil des siècles.

Le produit « de secours »

Néanmoins, l’homme ne l’oublie jamais et il suffit d’une période de disette, de famine, de guerre, pour qu’on se tourne à nouveau vers cette plante aux mille vertus pour la santé et qui pousse partout.

On en donne aux animaux, ruminants et cochons (racines et feuilles fauchées fraîches ou juste un peu sèches), volailles (plantes grossièrement broyées et/ou graines) pour produire du lait et des œufs en abondance, un beurre à la douceur inégalable, et surtout pour éviter les carences et les épidémies.

Des histoires autour des camps soviétiques et nazis expliquent que les rares à avoir survécu aux périodes de famines et de maladies étaient des paysans mangeant les orties, seules plantes à pousser dans ces lieux d’horreur.

Et puis les périodes « fastes » reviennent et on l’abandonne à nouveau…

Pour mieux la découvrir de nos jours, où nos vies sédentaires et nos habitudes toxiques nous amènent à rechercher des plantes médicinales.

Les mille vertus médicinales de l’ortie

Car ses vertus sont nombreuses. En premier lieu, l’ortie est une plante hyper fortifiante, saturée de sels minéraux, d’antioxydants et d’oligoéléments : fer, zinc, cuivre, silice, magnésium, potassium, etc. Elle contient aussi beaucoup de vitamines A, C, E et les fameuses vitamines B, dont l’acide folique, et l’ensemble des acides aminés essentiels. De quoi booster votre système immunitaire.

Tonique, l’ortie est aussi diurétique, détoxifiante, dépurative, stimulant les fonctions digestives, bonne pour la peau (eczéma, acné, dartres, etc.), tonifiant le cuir chevelu et les ongles, hémostatique (arrêt des saignements), souveraine pour apaiser les douleurs des rhumatismes, réduit apparemment les troubles liés aux allergies et nettoie reins et voies urinaires. On utilise également des décoctions de racines pour traiter les problèmes légers de la prostate.

Soupes, tisane, salade, etc

Un des trucs de nombreux randonneurs est de manger quelques feuilles en lieu et place de barres vitaminées et autres boissons énergisantes. Il faut pour cela choisir les feuilles d’ortie les plus hautes possibles. Prenez votre feuille délicatement par le dessous, les poils urticants étant sur le dessus. Il suffit de rouler plusieurs fois la feuille sur elle-même : les piquants vont « casser » et ne seront plus urticants. Vous pouvez ensuite la manger.


On peut donc la consommer crue, inutile, pour une salade par exemple, de rouler chaque feuille comme ci-dessus… Une fois récoltée (on conseille de ne prendre que les sommités plus tendres), il suffit de laver vigoureusement les feuilles dans de l’eau vinaigrée et de les frotter un peu les unes contre les autres pour éclater les gouttelettes d’acide formique. Précisons que comme pour toute plante aromatique, la cueillette doit se faire dans un environnement sain. On préférera donc les bois que les bords de champs ou de routes.

On peut aussi l’intégrer dans des mélanges issus d’un extracteur de jus. Dans ces cas-là, le jus doit être consommé tout de suite, avant l’oxydation.

Elle entre dans des recettes de soupe. Dans ces cas-là, on prend des feuilles plus basses mais aussi les tiges. Il est d’usage de la faire un peu revenir avant de l’incorporer dans la soupe,un peu comme les épinards. Son goût n’est pas très fort, elle sera idéale avec un peu de pommes de terre, des poireaux, ail et oignon.

Comme pour l’épinard, on la trouve dans de nombreuses recettes de quiches, tartes, veloutés, purées, omelettes, etc.

Une des astuces pour avoir un apport journalier dans son alimentation est de parsemer ses plats avec de la poudre d’ortie séchée.

Bien sûr, l’infusion est souveraine. Pour les feuilles, prenez-en 40 à 50 grammes pour un litre d’eau frémissante, ne faites pas trop bouillir les feuilles sous peine de voir s’envoler bon nombre de ses bienfaits. Pour les racines, 30 à 40 grammes pour un litre d’eau, vous pouvez laisser l’eau bouillir quelques minutes avant l’infusion.

Cette tisane vous servira aussi pour traiter dermatoses et acné ou pour faire une lotion capillaire dont on enduira les cheveux de la racine à la pointe.

Se protéger des fantômes

Et pour finir, un peu de magie voire pour le cas de sorcellerie. On peut imaginer que son aspect urticant en fait un bon « allié » pour les méchantes sorcières, on s’attendrait donc à des potions maléfiques autour de l’ortie, pour jeter des sorts par exemple… Et ce que l’on découvre, ce sont surtout des usages de protection contre les sorts et influences néfastes, de guérison mais surtout des potions aphrodisiaques et autres philtres d’amour. Finalement, une plante plutôt « positive »…

Il suffirait d’en avoir sur soi mélangée avec un peu d’achillée mille feuilles pour ne plus craindre esprit malins et fantômes. [4]
Pour finir, nous ne résistons pas à vous livrer une recette magique : pour raviver la chaleur du mari au lit, la mariée doit « baptiser » des orties avec son urine avant de la jeter dans un feu « alimenté au bois des tombes et aux os des morts »… [3]

On peut apparemment avoir les mêmes effets de façon un peu plus simple grâce à un mélange avec de l’oignon et de l’œuf, pourquoi pas en omelette ?

Sources :

[1] https://www.ibibliotheque.fr/les-miserables-victor-hugo-hug_miserables/lecture-integrale/page126

[2] « Gart der Gesundheit » de J. de Cuba 1485. Voir la traduction : https://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/resultats/index.php?p=473&cote=08733&do=page

[3] « Du flambeau au bûcher » J-C Bologne.

[4] « Livre des secrets d’Albert le Grand sur les vertus des herbes, des pierres et de certains animaux ».